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E S P A C E S . . .   

L'espace composé

les instruments L'organisation des canaux

Noms | Espace cloisonné | Espace imbriqué | Espace équilibré | Exemples

On pourrait définir l'espace composé comme la "toile" sur laquelle sont posées les masses spatiales des objets sonores.

Il existe plusieurs manière de considérer cette toile, et donc les types d'objets qui peuvent y être placés, en la découpant ou non en sous ensembles selon le support ou la technique de composition utilisée, ou selon des choix d'ordre artistique.

Si cet aspect est en fait issu de certaines contraintes historiques liées à l'évolution des technologies, il apparaît néanmoins que comme dans le cas des modes multiphoniques dans les logiciels multipistes auquel il est en partie lié, il correspond également à des manières différentes de penser l'espace composer.
Par exemple, et assez curieusement, beaucoup de compositeurs associent l'idée même de multiphonie au premier type d'organisation, ce qui constitue souvent une simple ignorance des possibilités de composition permises depuis une vingtaine d'années...

 Des noms pour
 le dire...

Un certains nombre de termes sont déjà employés pour décrire le format de réalisation de l'œuvre, qui correspond généralement au format du support et à un dispositif de projection particulier.

Les nombres, pointés ou non...
Cette méthode peut sembler la plus simple et la moins ambigüe. Si je dis : "œuvre composée en douze canaux", c'est clair et efficace, le support comporte douze canaux et le dispositif de projection au moins douze également (en projection directe, je le rapelle).
C'est ce genre d'apellation que l'on trouve associé aux formats surround, du 5.0 au 22.2, où grâce

Les racines n-phoniques
L'utilisation de noms spécifiques a pour avantage de souligner la cohérence spatiale plutôt que l'aspect technique, discret.
Ainsi, si je dis "stéréophonie" je pense image panoramique, relief... mais si je dis "deux canaux" je ne vois plus que l'aspect matériel : il y a deux pistes et deux enceintes. Il est bien sûr des cas où il est préférable d'utiliser la terminologie des canaux : par exemple, si je place les deux enceintes dans deux pièces différentes l'espace n'a plus rien de "stéréophonique". Tout est affaire de contexte...
La plupart des termes dédiés utilisés actuellement sont basés sur les racines greques, et leur application à différents nombres de canaux peut donner des résultats pour le moins curieux. Pour certains ce sera affaire d'habitude, et pour d'autres je crois qu'il vaudra encore mieux conserver le dénomination technique, sous peine de ridicule ou d'imprononçabilité...
1 = monophonie
2 = stéréophonie, qui ne veut pas dire "deux" comme on le croit parfois mais "solide", c'est à dire qui représente l'image d'un espace consistant et qui pourrait tout à fait s'adresser à la pentaphonie domestique ; il serait plus logique d'employer le terme de duophonie, mais l'habitude est prise...
3 = triphonie ? (ça peut être le LCR du cinéma)
4 = tétraphonie ou quadriphonie, au choix, la cohérence des racines grecques ferait pencher pour tétra...
5 = pentaphonie : pourquoi dirait-on "tétraphonie", "octophonie" et "cinq canaux" ??? Le terme commence à se répandre.
6 = hexaphonie
7 = heptaphonie (7.x) ?
8 = octophonie, dommage que les fabricants de magnétophones et de cartes son se soient basés sur le doublement des valeurs (stéréo > quadri > octo), ils auraient pu tout de même prendre comme modèle la base dix (ça aurait peut être évité le sempiternel cercle de huit HP ?)
...
12 = duodécaphonie ou même dodécaphonie ?
...
16 = hexadécaphonie, format déja bien représenté par Patrick Ascione, Robert Normandeau ou moi-même...
17.1 = heptadéca ou octodécaphonie ?
...
24 = aïe, les ennuis commencent vraiment : ça donne quoi ???
32... stop

 

 

 

 L'espace
 cloisonné

 

L'espace cloisonné représente la manière la plus simple et la plus ancienne de disposer des objets sonores sur les enceintes formant un dispositif de projection (le problème ne se pose bien-entendu qu'à partir de DEUX canaux). Il assigne, d'une manière fixe, un élément sonore à une piste-support correspondant à un canal de projection et à une enceinte.
Si cette manière de faire a été fortement induite ou même déterminée par les possibilités des environnements multipistes analogiques jusqu'au début des années 80, il représente également un mode d'écriture apportant d'emblée un rendu à l'opposé de celui qui était alors permis par la composition sur deux (ou même quatre) canaux en projection interprétée. L'indépendance acoustique de chacune des "voies" sonores, la grande lisibilité due au moindre masquage consécutif au mixage stéréophonique étaient, et sont toujours, ce qui
Ceci se fait par contre au détriment de la possibilité de réaliser des profils de masses spatiales.
Ainsi, si on pouvait reprocher à la "stéréo diffusée" d'avoir tendance à "confondre" les éléments inscrits sur le support lors de leur déploiement sur acousmonium, on peut reprocher à l'espace cloisonné d'éclater, de "ponctualiser" les sons à outrance et de perdre la dynamique, la cohérence d'ensemble. Cela dit, il serait absurde de reprocher à la polyphonie de ne pas être assez "harmonique", ou à la mélodie accompagnée de ne pas permettre une assez grande indépendance des voies. Chacune correspond à un type de composition, choisi pour "l'effet" qu'il produit, et avec les outils actuels on n'est plus obligé de s'y tenir pour l'œuvre entière : de procédé technique global il devient un procédé de composition. 

Le dispositif bipiste constitue la version la plus simple d'un espace cloisonné. Des projections interprétées en concert basées sur ce type d'organisation spatiale (Bernard Fort, Pierre Henry...) m'impressionnaient beaucoup au début de mon aventure acousmatique par la clarté qui s'en dégageait. L'écoute domestique des œuvres anciennes de Pierre Henry (Coexistence...) représente à beaucoup d'endroits des exemples parfaits de ce type d'organisation-écriture.

Mais un espace techniquement cloisonné l'est-il forcément à l'écoute ? Pas forcément...
En projection directele nombre d'enceintes est égal au nombre de canaux c'est la géométrie du dispositif (incluant l'orientation des haut-parleurs) et la place du public qui déterminent l'espace entendu. Plus on joue sur les distances (rapports d'éloignement / proximité important), plus la "ponctualité" s'efface au profit du "mélange".

 

De plus, l'espace cloisonné n'oblige pas forcément à travailler avec des objets monophoniques, même si ça a longtemps été le cas. L'utilisation de plusieurs magnétophones stéréo (manuellement) synchronisés faite par un certain nombre de compositeurs produisait d'emblée un regroupement par paires, les cloisons, bien étanches, étant délimitées par les machines elles-mêmes.

Ensuite, l'accès à des supports multipistes (4, 8 ou 16) dans les années 70-80 (oui, c'est venu très tardivement dans les studios d'acousmatique) a permis une plus grande souplesse dans les répartitions : il devenait plus aisé de simuler des enchaînements rapides d'objets par simples fondus d'intensité.

 

 

 

 

 L'espace
 imbriqué

L'espace imbriqué constitue une alternative élégante, transitoire et économique à l'espace cloisonné.
Chaque objet reste chez soi, on retrouve toujours l'association fixe (à un moment donné) d'un objet sonore avec un ou plusieurs canaux (pas de superpositions), mais comme dans le deuxième cas d'espace cloisonné, ces objets sont répartis sur au moins deux canaux (objets stéréo-, tri-, quadri-phoniques etc.) qui correspondent pas à des enceintes non adjacentes.
Un même objet sonore peut ainsi être réparti sur des points de projection plus ou moins distants, et d'autres objets peuvent s'insérer acoustiquement, s'imbriquer à l'intérieur l'aire de sa masse spatiale (c'est le cas du dispositif choisi par Guy Reibel pour les 3 x 2 canaux de Granulations-sillages).
Comme l'affectation des objets sonores aux pistes-support peut évidemment changer au cours du temps, cela constitue un système relativement souple... mais qui ne permet toujours pas de superpositions d'objets au niveau du support.

 

 

 

 L'espace
 équilibré ?

Enfin, l'espace équilibré (je n'ai pas trouvé de meilleur terme pour l'instant, toute proposition est la bien venue !), est pour des raisons techniques tardivement apparu au milieu des années 80 (voir les instruments). Il offre la souplesse nécessaire pour pouvoir juxtaposer et superposer des objets aux masses d'attributs variés et indépendants (techniquement), sans autre limite que les choix compositionnels.

C'est ce type d'organisation que l'on trouve le plus souvent à l'intérieur d'une réalisation dite "stéréophonique", où l'acousmate superpose (mixe) librement et dynamiquement au sein des deux canaux du support des objets stéréophoniques (au sens acoustique du terme, provenant d'une prise de son stéréophonique mais aussi résultant de traitements de studio), des objets monophoniques "centrés" (identiques sur les deux canaux) et des objets monophoniques monocanal (bipiste).

C'est ce qui "manquait" aux espaces précédents et qui longtemps, et avec raison, a fait qu'il était finalement plus efficace pour le compositeur de continuer à adapter un support stéréophonique lors des projections publiques en concert que de s'acharner à placer des sons sur les différentes pistes d'un magnétophone.

Il va sans dire que si un système autorise la création d'espace équilibré, les organisations imbriquées et cloisonnées restent à plus forte raison toujours possibles... 

 

 

 

 Exemples

Pour des raisons techniques ou artistiques, ces trois modes d'organisation peuvent-être combinés ou juxtaposés.

"L'œil tactile" est une œuvre sur 24 canaux (installation) que j'ai réalisée dans sa première version (1997) avec trois échantillonneurs.
La plupart du temps, l'organisation interne des ces 24 canaux correspond à un espace imbriqué comportant trois espaces équilibrés de 8 ou 10 canaux. À d'autres moments deux espaces équilibrés, un de huit et un de seize (obtenu en combinant les échantillons sur deux machines), sont imbriqués et à deux reprises seulement on a un réel espace équilibré sur les 24 canaux qui permet de placer des objets possédant des masses-canal égales à 24. L'imbrication est directement déterminée par les affectations des sorties des échantillonneurs sur les canaux de projection.

Les "Six Études Polyphoniques" (1996, réalisation "hexadécaphonique" pour le concert, préparatoire à "L'œil tactile") utilisent les trois types d'organisation spatiale :
- études 1 et 4 : espace cloisonné
- études 2 et 6 : espace imbriqué
- études 3 et 5 : espace équilibré
Ces organisations résultent de choix uniquement compositionnels, la réalisation avec trois échantillonneurs aux sorties entrelaçées (par rapport aux affectations des canaux - enceintes) et partiellement mélangées (24 sur 16) n'imposant aucune contrainte particulière (mais beaucoup de travail !).
L'espace cloisonné de l'étude 1 ("Concaténation") présente des objets ponctuels (de masse-canal = 1), mais compte tenu des différents plans du dispositif et de la briéveté de chaque objet, la perception ressemble plus à un kaléidoscope mouvant qu'à une séparation des objets.
Par opposition, l'espace cloisonné de l'étude 4 ("Cloisons", ci-contre) juxtapose 6 zones-objets très différenciés (les couleurs représentent les masses spatiales de six objets : 1 mono, 2 stéréo, un tri et deux tétraphoniques). Chacun correspond à une scène-image possédant une empreinte spatiale particulière.
L'espace imbriqué de l'étude 2 ("Strates") mêle partiellement 14 couches-objets réparties par plans, présence, spectre et entretien, alors que celui de l'étude 6 ("Automates") est basé sur des objets dont les imbrications changent constamment.

"Le Théatre de la Mémoire" (1995) est une installation qui mêle sept canaux vidéo et quatorze canaux audio répartis en îlots indépendants (voir le schéma d'implantation présenté dans les dispositifs) : l'espace total est "géographiquement" découpé en six zones (2 mono, 2 stéréo et 2 quadri). Le cloisonnement est visible et correspond à des propositions sonores bien individualisées : leur relative autonomie ou leur mélange dépend des déplacements et intentions des visiteurs - spectateurs.